Ce qu'on sait de l'astrologie
même les études qui nous contredisent
Voici ce qu'aucun site d'horoscope n'écrit : l'astrologie n'a pas de validité prédictive démontrée. Testée dans des revues sérieuses, elle a échoué. Ce n'est pas une opinion, ni une raison de fermer ce site. Les deux paragraphes après les quatre études t'expliquent pourquoi.
Cette page n'est pas là par scrupule. Le test en aveugle emprunte son protocole à l'une de ces études et son argument à une autre, en deux lignes, sans que ces travaux soient visibles nulle part : le raisonnement était juste et invérifiable, ce qu'on reproche justement aux horoscopes. Les voici en entier.
Bertram Forer, 1949
- Publié dans Journal of Abnormal and Social Psychology, 44, 118-123
- Sur 39 étudiants
Forer fait passer un test de personnalité à ses étudiants, puis leur rend une semaine plus tard le portrait « personnel » qui en découle : treize phrases, à noter de zéro à cinq selon qu'on s'y reconnaît. Tous ont reçu le même texte, que Forer avait découpé dans un livre d'astrologie de kiosque.
Note moyenne : 4,26 sur 5. Presque personne ne s'est aperçu de rien. Un texte assez large pour parler à tout le monde est reçu comme un portrait intime — c'est ce qu'on appelle depuis l'effet Barnum.
Et ici ? Le site compte les mots qu'il répète, sur tout ce qu'il a publié. C'est la mesure de son propre effet Barnum, tenue à jour sur le corpus entier, et le tableau n'est pas flatteur. Voir la page.
Jeff Mayo, Olivia White et Hans Eysenck, 1978
- Publié dans Journal of Social Psychology, 105, 229-236
- Sur 2 324 adultes
L'inventaire de personnalité d'Eysenck, passé par 917 hommes et 1 407 femmes, confronté à leur signe solaire. La prédiction testée est celle des astrologues eux-mêmes : les signes de rang impair seraient plus extravertis, les signes d'eau plus émotifs.
L'effet apparaît. C'est le résultat le plus favorable que l'astrologie ait jamais obtenu dans une revue sérieuse, et il est signé d'un des psychologues les plus cités du siècle.
La réserve : Il s'est défait depuis. Les réplications n'ont retrouvé l'effet que chez les personnes qui connaissaient déjà la description de leur signe — et il grandissait quand on leur rappelait que l'étude portait sur l'astrologie. Eysenck lui-même a conclu à l'auto-attribution : on finit par ressembler au portrait qu'on a lu de soi.
Et ici ? C'est l'objection que le compteur de justesse ne peut pas écarter : quelqu'un qui connaît son signe n'est pas un·e juge neutre de sa propre lecture. C'est précisément pour cela que le test en aveugle existe, et que son chiffre compte davantage que celui-là. Voir la page.
Shawn Carlson, 1985
- Publié dans Nature, 318, 419-425
- Sur 28 astrologues, 116 thèmes
Vingt-huit astrologues, désignés par leurs propres associations comme les meilleurs de leur communauté, reçoivent chacun un thème natal et trois portraits psychologiques établis par questionnaire. Un seul appartient à la personne du thème ; il faut dire lequel. Ni les astrologues ni l'expérimentateur ne connaissent les réponses.
Un sur trois. C'est exactement ce que donne le hasard quand on choisit entre trois enveloppes.
La réserve : Le résultat est contesté, et il faut le dire ici. Suitbert Ertel a repris les données en 2009 (Journal of Scientific Exploration, 23, 125-137) et soutient qu'en traitant l'échantillon d'un seul bloc, plutôt qu'en sous-groupes, il en sort un effet faible mais significatif. Le débat n'est pas clos. Une page qui ne citerait que la moitié qui l'arrange ferait ce qu'elle reproche aux autres.
Et ici ? Le même protocole, retourné contre nous : deux lectures du même matin, les signes masqués, et la question de savoir si tu retrouves la tienne. Le chiffre est public, y compris s'il s'installe à cinquante pour cent. Voir la page.
Geoffrey Dean et Ivan Kelly, 2003
- Publié dans Journal of Consciousness Studies, 10, 175-198
- Sur 2 101 personnes
Les « jumeaux de temps » : 2 101 personnes nées à Londres entre le 3 et le 9 mars 1958, à 4,8 minutes d'écart en moyenne. Leurs thèmes sont donc presque identiques, ascendant compris. Une enquête nationale les a suivies pendant des décennies, et mesuré 110 choses sur chacune : capacités, professions, santé, tempérament, mariages.
Aucune ressemblance au-delà du hasard, sur aucune des 110 mesures. Les conditions étaient pourtant les plus favorables qu'on puisse réunir.
Et ici ? C'est le test le plus dur pour l'idée même de thème natal, celui de l'heure exacte. La page qui explique ce que l'heure de naissance change dit déjà qu'elle ne change presque rien de calculable ; cette étude-là dit qu'elle ne change rien de mesurable non plus. Voir la page.
Mis bout à bout
Trois choses tiennent, et il faut les dire dans cet ordre.
- Un texte d'horoscope parle à presque tout le monde, et c'est mesurable depuis 1949. Ce n'est pas un défaut d'écriture : c'est le mécanisme même du genre.
- Les astrologues ne font pas mieux que le hasard quand on leur retire ce qu'ils savent déjà de la personne. C'est l'essai en double aveugle le plus sérieux qu'on ait mené sur eux ; il est contesté, et son résultat reste négatif.
- Naître à quatre minutes d'écart ne rend pas semblable. Ce résultat vise l'idée même de thème natal, pas les astrologues.
Il faut y ajouter ce qui va dans l'autre sens, et qui n'est pas rien : le seul effet jamais retrouvé sur des milliers de personnes existe bel et bien — mais chez celles qui connaissaient déjà la description de leur signe. Autrement dit, l'astrologie ne décrit pas les gens : elle les influence un peu. Ce n'est pas la même chose, et ce n'est pas sans conséquence pour un site qui en écrit tous les matins.
Alors pourquoi ce site continue
Parce qu'il n'a jamais prétendu prédire. Rien ici n'annonce ce qui va arriver, ne promet une rencontre, n'attribue un caractère. Ce que fait une lecture du matin, c'est proposer une phrase pour une journée — et c'est un usage que les résultats ci-dessus ne touchent pas. Une carte de tarot ne devine rien non plus ; on ne lui reproche pas de mentir.
Et parce qu'il y a une raison qui n'est pas dans les études. Pendant longtemps, les langues disponibles pour se raconter soi-même venaient d'une église ou d'une clinique, et aucune des deux n'a été tendre avec les personnes queers. L'astrologie, elle, est une langue sans autorité qui la garde : pas de clergé, pas de diagnostic, pas de dossier. On peut y entrer, s'en servir, en rire, en sortir. Ça n'en fait pas une science. Ça en fait autre chose, et cette autre chose a servi à des gens à qui on n'avait rien laissé d'autre.
Un site qui écrit des horoscopes et publie les études qui les démentent : le seul arrangement honnête qu'on ait trouvé.
Ce qu'on n'écrira jamais ici
Tenue depuis le premier jour, c'est la contrepartie :
- Aucune prédiction d'événement. Ni rencontre, ni argent, ni mois faste.
- Rien sur la santé. Pas de conseils, mises en garde ou allusions à un traitement ou une transition. Ce n'est pas notre rôle, et ça pourrait blesser.
- Rien sur les autres. Le ciel d'une personne ne se lit pas dans son dos : comparer deux thèmes exige deux dates données volontairement.
- Aucun rôle distribué par le genre. C'est la raison d'être du site, et la seule chose sur laquelle il ne transigera pas.
- Aucun chiffre embelli. Le taux d'échec des lectures est public, l'erreur de nos calculs est mesurée contre le JPL, et cette page-ci porte les études qui nous contredisent.
Aller les lire
Les quatre références sont au format d'usage : auteur, année, revue, pages. On les trouve en bibliothèque universitaire ou en accès libre. Pas de résumé ni de lien affilié : vérifie par toi-même.
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